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Qu’en est-il des restitutions d’oeuvres africaines?

Musée du Quai Branly, Paris

Le projet de loi sur les restitutions d’œuvres africaines annoncé par Emmanuel Macron en novembre 2017 à Ouagadougou soulève de nombreuses questions quant à sa réalisation effective et les modalités de mise en œuvre de ce projet historique.

Cette volonté louable de restituer le patrimoine africain à ses terres d’origines devra aborder plusieurs points épineux avant de voir réellement le jour, notamment l’opposition des directeurs des musées de grandes collections, mais aussi les problématiques des  conditions nécessaires à la restitution, du changement de la loi française et de la réponse à de nombreuses questions d’ordre éthique, historique et diplomatique.

Ce projet exceptionnel ne devrait concerner que les œuvres africaines pillées lors de la période coloniale, principalement aux XIX et XX siècles. Le continent africain fait en effet mesure d’exception quant à la préservation de son patrimoine: la plupart de ses œuvres se situent en dehors de ses frontières.

Cette décision portée par le président français Emmanuel Macron reste symbolique, bien que controversée. Elle souligne une véritable volonté de mettre fin à l’ère du post-colonialisme en délivrant à l’Afrique son histoire volée. Il s’agit d’une décision historique et diplomatique qui cependant correspond  peu à l’image des orientations politiques de la France vis-à-vis de l’Afrique. Ce projet reste toutefois remarquable et pourrait habiller d’un nouveau jour les futurs relations diplomatiques entre la France et le continent africain.

En Mars dernier, le chef d’Etat français a nommé deux experts pour étudier le projet dans les années à venir. Bénédicte Savoy, historienne de l’art et Felwine Sarr, écrivain et universitaire, seront chargés de répondre aux différentes problématiques que soulève le projet et de trouver des points d’entente avec les acteurs concernés. La remise d’un rapport comprenant des propositions concrètes d’action réalisables à court, moyen et long terme est notamment attendue en novembre.

Pour le moment, seul le Bénin a fait une demande de restitution d’œuvres, et ce avant les déclarations du gouvernement français. Le projet de loi devrait toutefois concerner de nombreux pays puisque certains musées français contiennent  plus de 70.000 objets venant de l’Afrique subsaharienne, pour ne citer que le Quai Branly à Paris.

Le projet de restitution des œuvres africaines prendra également place dans le cadre de la saison des cultures africaines en France en 2020, annoncée par Emmanuel Macron lors de son discours à Ouagadougou. Et ce dernier de conclure lors de ce désormais célèbre discours: “L’histoire de l’Afrique ne peut pas être seulement écrite par des spécialistes européens de l’Afrique, il convient de valoriser, de poursuivre et d’aider au parachèvement d’une histoire de l’Afrique écrite par les Africains.”

 

Mise en ligne le 2 mai 2018